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"La peinture est un chose toute bête, toute simple. Je peins pour me sortir du trou. Je peins ma misère. On ne peut rien maîtriser du tout. Ce qu'il faut, c'est se laisser dominer. Je cherche à voir. Alors que tout, dans ce monde, nous empêche de voir. Quand je vais vers la toile, je vais vers le silence. Le malheur, c'est que le mot ait une telle importance. Pourtant le mot n'est pas la vie. Je ne signe plus mes toiles. On ne peut pas mettre un nom sur ce qui dépasse l'individu. C'est parce qu'il est sans défense que l'artiste a une telle défense. Chaque toile représente un moment où on a pu, où a eu la force. Ce qui m'a le plus frappé au long de mon existence, c'est l'immense lâcheté de l'homme face à la vie. Une lâcheté véritablement sans limite. Plus on est perdu, plus on est poussé vers la racine, la profondeur. Oui, j'ai tout quitté. C'est la peinture qui l'a exigé. C'était tout ou rien. Il faut consentir à l'écrasement. Le pur est une chose souvent sale. Il y a tant de gens qui prennent une attitude sublime. L'incroyable, ce qu'il n'y a rien, et que soudain la possibilité de voir surgit. Oui c'est vrai, on peut voir. Cette petite chose, rien ne peut la faire venir, il faut savoir attendre. ne rien faire. Celui qui cherche la vie doit livrer un combat terrible contre ce système qui tue la vie. Voir, c'est vraiment être sans connaissances. Celui qui s'oblige à faire ne comprend pas qu'il se condamne à mentir. Pour l'artiste, c'est tout ou rien. Si ce n'est pas tout, ce n'est rien. Toute sécurité doit être détruite. J'ai été un homme qui n'a jamais cherché à se défendre. Et ma peinture, elle aussi, est sans défense. Je veux dire que c'est lorsqu'on se tient dans l'intellect qu'on a des défenses. Pour comprendre ma peinture, il ne faut pas que l'intellect intervienne. Non. Il y a trop de mots. Maintenant il faut se taire."

BRAM VAN VELDE

bram van velde